LES ÉTOILES NORDISTES AU COLISÉE
Ce mercredi soir 10 mars 2021, Le Colisée ouvrait (enfin) ses portes et accueillait pour la 2nde année l’événement LES ETOILES NORDISTES. Cette cérémonie annuelle est organisée par ...
Les années 90. Une décennie étrange et généreuse, coincée entre la déferlante des années 80 et le tout-numérique qui allait tout changer. En France, ces années-là ont vu la chanson exploser dans tous les sens : la variété au sommet de sa popularité, les auteurs-compositeurs au sommet de leur art, et une nouvelle génération qui bousculait les codes avec des guitares électriques, des arrangements soul et une écriture plus libre, plus personnelle, parfois franchement littéraire.
Ces voix, ces visages, ces chansons : ils ont bercé une génération entière. Et pour beaucoup d'entre eux, ils ont foulé les planches du Colisée de Roubaix. Retour sur ceux qui ont compté.
La variété française des années 90, c'est d'abord une affaire de voix. Des voix qui portent loin, qui touchent juste, qui remplissent les Zéniths et les stades sans effort apparent.
Lara Fabian appartient à une autre famille : celle des voix hors normes, capables d'une puissance émotionnelle qui coupe le souffle. Je t'aime, Adagio, Tout : des titres construits comme des crescendos, où chaque note semble aller chercher quelque chose de profond dans celui qui écoute. Belge d'origine, citoyenne du monde par carrière, elle s'impose dans les années 90 comme l'une des grandes voix de la francophonie.
Garou arrive un peu plus tard dans la décennie, porté par le triomphe mondial de Notre-Dame de Paris en 1998. Sa voix de baryton-basse, son charisme naturel, sa façon de faire de chaque chanson un moment de théâtre : il devient en quelques mois l'une des grandes révélations de la scène musicale francophone. Seul, Sous le vent en duo avec Céline Dion, les albums qui suivent : Garou s'installe durablement dans le paysage.
Lynda Lemay est peut-être la plus discrète de ce quatuor, mais certainement pas la moins touchante. Québécoise jusqu'au bout des mots, elle compose des chansons d'une précision d'orfèvre, drôles et mélancoliques à la fois, où la langue française est traitée avec un soin et une liberté rares. Du bon côté, Au commencement, Les grandes demoiselles : des œuvres qui durent.
Marc Lavoine, lui, incarne la nonchalance élégante de la chanson française. Acteur autant que chanteur, il promène dans ses titres une mélancolie douce, une voix posée, un sens du détail dans l'écriture qui lui donne une place bien à lui dans le paysage des années 90.
Il y a ceux qui chantent. Et il y a ceux qui écrivent. Les années 90 ont eu la chance de compter parmi ses rangs quelques-uns des plus grands auteurs de la chanson française.
Renaud est de ceux-là. La décennie le voit traverser des zones de turbulences personnelles et artistiques, mais aussi signer quelques-unes de ses chansons les plus belles et les plus intimes. Manhattan-Kaboul, Petite : des textes qui ne ressemblent qu'à lui, tendres et rugissants, populaires et exigeants. Renaud ne transige jamais sur l'écriture. C'est peut-être pour ça qu'il reste.
Francis Cabrel publie en 1994 Samra, puis Hors-saison en 1999 : deux albums qui confirment sa place de grand songwriter français. Ses guitares acoustiques, ses mélodies qui s'enroulent lentement, ses textes qui parlent d'amour et de temps qui passe avec une économie de moyens admirable. Cabrel est de ces artistes qui ne cherchent pas à en mettre plein la vue. Il cherche simplement à trouver la chanson juste. Et il y arrive presque toujours.
Alain Souchon et Laurent Voulzy forment à eux deux l'un des duos les plus fertiles de la chanson française. Souchon à l'écriture, Voulzy aux arrangements et à la complicité : leurs collaborations donnent des titres comme La Ballade de Jim, Foule sentimentale, Ça n'existe pas. Une manière de faire des chansons légères comme des bulles et lourdes de sens à la fois. Une grâce particulière, difficile à imiter.
Les années 90, c'est aussi l'émergence d'une génération qui arrive avec ses propres influences, ses propres références, et une façon de faire de la musique française qui ne ressemble à rien de ce qui existait avant.
Zazie débarque avec Je suis un homme en 1992 et s'impose immédiatement. Textes engagés, arrangements rock, voix puissante et singulière : elle refuse d'entrer dans les cases et ça lui réussit. Zen, Je suis un homme, Speed : une discographie cohérente, exigeante, qui tient la distance.
Calogero commence sa carrière solo à la fin des années 90 et annonce déjà tout ce qu'il deviendra dans les années 2000 : un mélodiste d'exception, un auteur sensible, un artiste capable de passer du rock le plus électrique à la ballade la plus dépouillée sans jamais se trahir. Au fil de l'eau, ses premières compositions : des promesses largement tenues. Et la bonne nouvelle, c'est qu'il revient au Colisée de Roubaix pour une soirée qui s'annonce aussi belle que ses chansons.
Arthur H, fils de Jacques Higelin, hérite d'un univers et s'en émancipe complètement. Chanson, blues, jazz, cabaret : il mélange tout et en fait quelque chose d'unique. Ses textes sont parmi les plus littéraires de sa génération. Sa présence scénique, une classe à part entière.
Benjamin Biolay arrive en fin de décennie avec un bagage impressionnant : compositeur pour les autres avant de devenir interprète pour lui-même. Son écriture, cinématographique et dense, ses arrangements qui empruntent à la pop et au jazz, sa mélancolie bien à lui : il deviendra l'une des voix majeures de la chanson française contemporaine, et tout est déjà là dans ses premières œuvres. Il a notamment participé à l'écriture de l'album de Julien Clerc, qui vient justement au Colisée le dimanche 22 novembre. Une belle occasion de mesurer ce que ce compagnonnage artistique a donné. Réservez vos places.
Yannick Noah incarne quant à lui la pop festive et métissée : des rythmes qui empruntent aux Caraïbes et à l'Afrique, une énergie communicative, des textes qui célèbrent la joie de vivre et la fraternité. Saga Africa, Aux arbres citoyens un peu plus tard : Noah a toujours su mettre la musique au service d'un message chaleureux et rassembleur. Il revient au Colisée pour un concert à ne manquer sous aucun prétexte. Réservez vos places.
Les années 90, ce sont aussi des projets collectifs qui ont marqué la mémoire collective.
Jean-Jacques Goldman est la figure centrale de cette décennie collaborative. Il écrit pour les autres avec une générosité et un instinct mélodique rares. Il fonde les Enfoirés, ce collectif d'artistes au service des Restos du Cœur, qui réunit chaque année les plus grandes voix de la chanson française autour d'une cause commune. Une tradition qui dure encore aujourd'hui, et dont Goldman reste l'architecte discret et essentiel. Le Colisée rend d'ailleurs hommage à cette légende avec le spectacle Goldman, 200 voix pour une légende.
Les duos et les collaborations traversent aussi toute la décennie : Souchon et Voulzy, Garou et Céline Dion, les compilations Génération qui réunissent des artistes autour de reprises communes. Une époque où la chanson française s'inventait aussi à plusieurs voix.
Ces artistes n'ont pas disparu avec la décennie. Beaucoup sont toujours en tournée, toujours en création, toujours capables de remplir les salles et d'émouvoir leur public comme au premier jour. C'est peut-être la plus belle preuve que ce qu'ils ont fait tient la route.
Cabrel, Souchon, Voulzy, Zazie, Calogero, Biolay : leurs chansons des années 90 sont aujourd'hui des classiques que les générations suivantes découvrent et reprennent. Leur façon d'écrire, de produire, d'habiter une scène a influencé des dizaines d'artistes qui sont venus après eux.