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Ana Popovic : vous ne connaissez pas son nom, vous n’oublierez pas sa guitare

Elle a partagé l’affiche avec B.B. King, Buddy Guy et Jeff Beck. Elle a été la seule femme invitée sur l’Experience Hendrix Tour, la tournée hommage américaine à Jimi Hendrix. En France, son nom circule surtout chez les amateurs de blues, et c’est à peu près la seule anomalie de sa carrière. Le 5 novembre, Ana Popovic branche sa guitare au Colisée de Roubaix.

Une enfance à Belgrade, le blues en fond sonore

Ana Popovic naît le 13 mai 1976 à Belgrade, dans la Yougoslavie de Tito. Son père, Milton, joue de la guitare et de la basse, mais c’est surtout un collectionneur : B.B. King, Albert King, Freddy King, Muddy Waters, Albert Collins. Dans un pays où tout ce qui vient de l’Ouest arrive au compte-gouttes, ces disques valent de l’or. Milton organise des jams à la maison presque tous les soirs, avec les musiciens du quartier. Ana grandit au milieu de ça.

Elle ne touche pourtant une guitare qu’à quinze ans. En quelques mois, elle dépasse son père, qui va lui chercher un professeur.

Hush, la guerre, et un aller simple pour Utrecht

En 1995, à dix-neuf ans, elle monte son premier groupe, Hush, avec trois copains. Rhythm and blues teinté de funk, clubs de Belgrade, festivals en Grèce et en Hongrie, jusqu’à une centaine de dates par an et des passages télé réguliers. Autour d’eux, la Yougoslavie se défait dans la guerre civile et l’embargo.

Elle s’inscrit d’abord en arts graphiques à l’université de Belgrade. Puis, sur un coup de tête, elle envoie une cassette au conservatoire de jazz d’Utrecht, aux Pays-Bas. La réponse tombe vite : ils la prennent. Elle laisse tomber le graphisme, part en 1998, et Hush s’arrête là, avec un seul album au compteur, Hometown. La chute du régime venait d’ouvrir aux Yougoslaves une liberté de circulation qu’ils n’avaient jamais eue. Elle ne perd pas de temps.

Memphis, 2000 : le premier disque solo

Ruf Records, label allemand spécialisé dans le blues, la signe en 1999. Pour son premier album en son nom, elle part enregistrer à Memphis, avec Jim Gaines derrière la console, l’ingénieur qui avait travaillé avec Stevie Ray Vaughan et Carlos Santana. Hush! sort en 2001.

Comfort to the Soul (2003) lui vaut une nomination au W.C. Handy Award du meilleur nouvel artiste, une première pour une Européenne. L’année suivante, elle décroche le prix Révélation de Jazz à Juan, à Juan-les-Pins. À vingt-huit ans, une musicienne née à Belgrade est adoptée par la scène blues américaine, ce qui n’arrive presque jamais.

Une dizaine d’albums suivent, dont Still Making History (2007), le triple disque Trilogy (2016) confié à trois producteurs différents, et Like It on Top (2018) produit par Keb’ Mo’. En 2015, elle enregistre Blue Room avec son père, un disque de reprises blues et rock. Les jams du salon de Belgrade ont fini par sortir en disque.

Ce qu’on entend quand elle monte sur scène

Le blues d’Ana Popovic bouge beaucoup. Elle attaque au médiator comme au bottleneck, avec un son de slide qu’on reconnaît, et fait dériver ses morceaux vers le funk et la soul sans prévenir. Elle tourne avec six musiciens, section de cuivres comprise : le format tient autant de la revue soul que du trio blues.

C’est cette signature qui lui a valu d’être invitée sur l’Experience Hendrix Tour aux États-Unis, aux côtés de Buddy Guy, Kenny Wayne Shepherd, Zakk Wylde ou Jonny Lang, dans le rôle de la seule guitariste femme de l’affiche. La presse américaine lui a collé un surnom, « le Jimi Hendrix des Balkans ». Elle formule son ambition autrement : qu’on reconnaisse sa patte en dix secondes, comme on reconnaît Stevie Ray Vaughan ou Ronnie Earl.

La guitare blues reste un milieu très masculin, et elles sont encore une poignée à en vivre au premier plan. Ana Popovic cite volontiers Susan Tedeschi et Samantha Fish, arrivées dans son sillage, et dit du bien de ce qui bouge : de plus en plus de musiciennes dirigent leur propre groupe et gèrent leur propre carrière. Elle le fait depuis 1999.

Power : un album écrit entre deux chimiothérapies

Fin 2020, alors que la pandémie a cloué les tournées au sol, on lui diagnostique un cancer du sein. Elle envisage d’arrêter la musique. C’est son bassiste et directeur musical, Buthel Burns, qui la pousse à écrire quand même, entre les quatorze séances de chimiothérapie et les allers-retours entre Los Angeles et Amsterdam.

Power sort le 5 mai 2023, cinq ans après son précédent album studio. Il lui vaut deux nouvelles nominations aux Blues Music Awards, qui s’ajoutent à la dizaine accumulée depuis le début de sa carrière. Elle a repris la route dans la foulée.

Dance to the Rhythm, le disque qu’elle emmène à Roubaix

Son dernier album est sorti le 26 septembre 2025. Dance to the Rhythm assume un virage : moins de démonstration à la guitare, plus de soul et de R&B, dix titres écrits d’abord pour la scène. Elle le dit sans détour : certains écrivent pour plaire à la critique, elle écrit pour le concert du soir.

C’est ce répertoire qu’elle apporte au Colisée, mêlé aux morceaux qui ont fait sa réputation. Deux heures de riffs et de cuivres, par une guitariste installée depuis vingt-cinq ans sur la scène blues internationale et encore peu connue en France. Vous pouvez arriver sans connaître son nom. Vous repartirez avec.

Ana Popovic sera sur la scène du Colisée de Roubaix le jeudi 5 novembre 2026 à 20 h. Sa biographie complète est à lire sur sa fiche artiste, et les places sont ici : réservez vos places pour Ana Popovic.